samedi 18 mars 2017

Orly, la passoire intégrale

Depuis septembre, j'ai pris 26 avions, et j'ai passé pas mal d'heures dans pas mal d'aéroports.

Erbil (Irak), Ataturk (Turquie), Gokcen (Turquie), Moscou (Russie), Samara (Russie) et bien-sûr Orly.

Pour entrer dans tous ces aéroports : valises et bagages-cabines sont scannés une ou deux fois, et l'on passe sous un portique métallique.

Ceci partout, sauf à Orly.

Je suis passé à Orly en septembre, janvier et février. A chaque fois, je suis arrivé par l'Orly-Val et l'on ne m'a jamais, je dis bien jamais, contrôlé.

J'aurais pu avoir une bombe dans mon sac et une arme sous mon manteau... personne ne l'aurait su.

On a eu de la chance que ce fou d'Allah ait été particulièrement stupide et qu'il ait pensé pouvoir faire un carnage avec un pistolet à grenaille et un petit bidon d'essence.

Puisse Dieu avoir son âme.

Mossoul : vol bleu pour béret vert qui voit la vie en rose

L'amour, tel un drone MQ-1 Predator, frappe n'importe où, n'importe qui, n'importe quand.

Un soldat français des forces spéciales, engagé dans la bataille de Mossoul, est tombé fou amoureux d'une peshmergate.

Pour retrouver sa belle, enfermée dans un camp retranché, il s'est affranchi des ordres, et - de nuit - a franchi fossés, tranchées, barbelés, hauts murs bétonnés aux tessons de bouteilles tranchantes.

Rien ne peut arrêter un Français, un Français amoureux, un Français amoureux soldat d'élite.

Mais à la troisième sortie, il tombe nez à nez avec le commandant de l'unité peshmerga.

Scandale.

Arrêté. Renvoyé. Vol disciplinaire.

*

Cette peshmergate est, d'après A. - diplomate en poste en Irak - d'une beauté semblable à celle d'un poignard à lame courbe ciselée, au manche d'ivoire délicatement ouvragé.

A. compte bien assister au mariage. 

jeudi 16 mars 2017

Les feuilles mortes d'Halabja

Aujourd'hui 16 mars, une minute de silence au Kurdistan vers 11 heures, en souvenir du massacre d'Halabja.

Le gazage de 5000 kurdes - dont beaucoup de femmes et d'enfants -  par les forces de Saddam Hussein en 1988.


Anfal



Il est une poétesse kurde, CHOMAN HARDI, qui a écrit un poème sur ce sujet. Le narrateur est... mais je vous laisse découvrir.


All my life I waited for words –

a poem, a letter, a mathematical puzzle.

On March 16th 1988

thousands of us were taken on board –
you can’t imagine our anticipation.

When they threw us out from high above

we were confused, lost in blankness.
All those clean white pages
parachuting into town…..

Puzzled faces looked up

expecting a message, but we were blank.

Two hours later they dropped the real thing.

We had been testing the wind direction.
Thousands of people were gassed that day.



Je tente une traduction en français


Toute ma vie, j'ai espéré des mots - 
un poème, une lettre, un problème mathématique.

Le 16 mars 1988
des milliers d'entre nous furent embarquées à bord d'un avion
vous ne pouvez pas imaginer notre état d'excitation.

Quand ils nous ont jetées dans les airs
Nous étions confuses, perdues dans le vide.
Toutes ces feuilles blanches vierges
parachutées sur la ville...

Des visages perplexes regardaient en l'air
attendant un message, mais nous étions vierges.

Deux heures plus tard, ils larguèrent la vraie chose.
Nous avions servi à tester la direction du vent.
Des milliers de personnes furent gazées ce jour-là.








dimanche 12 mars 2017

POUTINE, l'incroyable popularité au Québec !


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Voici quelques-uns des adjectifs utilisés par les Québécois  pour en parler :

Indispensable, nécessaire, vital, nourrissant,  craquant, brûlant, fondant, généreux, croustillant, crémeux,  gourmand…

Les Québécois l’adorent !

Ils ne tarissent pas d’éloge !

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Et pour eux pas de doute : la vie sans POUTINE serait une erreur.


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Comme vous sans doute, j’ignorais, il y a peu encore, tout d’une telle passion et d'une telle popularité mais c’est en donnant un cours particulier à une Irako-Canadienne, ou plutôt à une Kurdo-Québécoise que j’ai découvert la force inimaginable de cet amour poutinien, ou poutinesque !


Poutine, le président ?


Oui.


Le président de Russie, le trappeur infatigable, l'homme du grand Nord ?


Non. 


Poutine le président mais le président


des assiettes québécoises



Poutine, LA POUTINE


le plat culte du Québec !



banquise-poutine


pour tout savoir sur cet homonyme appétissant : c'est par là.

Bon appétit !


poutine western


jeudi 9 mars 2017

Loin, là-bas, juste à côté

La guerre paraît souvent loin

Quand on est en Europe, elle est au Moyen-Orient

Quand on est au Moyen-Orient, elle est en Syrie, en Irak

Quand on est en Irak, à Erbil,  elle est à Bagdad, à Tikritt, à Kirkouk, à Mossoul

Quand on est à Mossoul-Est, elle est à Mossoul-Ouest

Quand on est à Mossoul-Ouest, elle est dans le quartier d'à côté

Dans la rue d'à côté

Dans la maison d'à côté

Dans la pièce d'à côté

Puis quand elle est là, vraiment là, alors c'est vous qui n'êtes plus, vraiment plus

La guerre-mort paraît souvent loin

Pas si loin pourtant

Ces hélicoptères bas et lourds qui pèsent comme un couvercle sur l'esprit

Ces asahaïches, ces peshmergas, ces policiers toujours armés

Ces réfugiés sans douceur qui maintenant remplissent les pièces de mon hôtel vide jusqu'alors

Leurs voitures chargées des lambeaux de leurs vies passées

Et ce matelas tiré du coffre de la voiture avec allongé dessus et sous de vieilles couvertures un jeune garçon blessé qui ne peut pas marcher

Matelas déposé dans le hall de l'hôtel, bagage inutile et souffrant

Il me regarde je le regarde sans comprendre

Guerre-mort-blessure




samedi 4 mars 2017

Nouveaux programmes : HARO SUR LES CHRETIENS !

Il y a quelques semaines, je parlais de la mise en oeuvre concrète des nouveaux programmes dans les fichiers du CNED (Centre National d'Education à Distance), fichiers qui expriment mieux que les autres l'idéologie officielle du ministère.

J'avais montré comment les conquérants arabo-musulmans étaient assimilés, dans ces fichiers CNED, à de bons libérateurs progressistes.

Dans la séquence suivante, ô surprise, les chrétiens sont présentés comme des barbares pilleurs sanguinaires.

Document 6 : la prise de Jérusalem décrite par Ibn al-Athîr
"La Ville sainte fut prise du côté du Nord, dans la matinée du vendredi 22 du mois de Shaban. Aussitôt la foule prit la fuite. Les Francs restèrent une semaine dans la ville, occupés à massacrer les musulmans. (...) Les Francs massacrèrent plus de 70000 musulmans dans la mosquée al-Aqsâ : parmi eux on remarquait un grand nombre d'imams, de savants, et de personnes d'une vie pieuse et mortifiée, qui avaient quitté leur patrie pour venir prier dans ce noble lieu. Les Francs enlevèrent d'al-Sakra plus de quarante lampes d'argent, chacune du poids de 3000 dirhams. Ils y prirent aussi un grand lampadaire d'argent ainsi que 150 lampes d'une moindre valeur. Le butin fait par les Francs était immense."

Document 7 : la prise de Jérusalem décrite par Guillaume de Tyr
" Le duc Godefroy de Bouillon et tous ceux qui étaient entrés avec lui s'étant réunis, couverts de leurs casques et de leurs boucliers, parcouraient les rues et les places, le glaive nu, frappant indistinctement tous les ennemis qui s'offraient à leurs coups, et n'épargnaient ni l'âge ni le rang. On voyait de tous côtés de nouvelles victimes, les têtes détachées des corps s'amoncelaient çà et là, et déjà l'on ne pouvait passer dans les rues qu'à travers des monceaux de cadavres. (...)
On dit qu'il périt dans l'enceinte même du Temple environ dix mille ennemis sans compter tous ceux qui avaient été tués de tous côtés (...).
Chacun s'emparait à titre de propriété perpétuelle de la maison dans laquelle il était entré de vive force et de tout ce qui s'y trouvait ; car avant même qu'ils se fussent emparés de la ville, les croisés étaient convenus entre eux qu'aussitôt qu'ils en seraient rendus maîtres, tout ce que chacun pourrait prendre pour son compte lui serait acquis, et qu'il le posséderait à jamais et sans trouble en toute propriété."

L'exercice qui suit ces textes vaut aussi son pesant de cacahuètes, voici la consigne :
"En t'aidant des deux documents précédents, rédige trois phrases décrivant l'attitude des croisés après la prise de Jérusalem. Tu dois impérativement utiliser les éléments suivants : 1099, massacres, piller, violence ou violent."

Encore une fois, je ne nie pas les atrocités commises par les uns, ou les actes de générosité commis par les autres. Ce que je conteste, c'est la présentation absolument simpliste de ces programmes. Nulle objectivité chez les concepteurs de ce manuel - nul souci de permettre l'acquisition d'une culture et d'un esprit critique pour les élèves.

Gauchisme basique, haine de soi, et refus de l'héritage chrétien.

Pour de telles personnes : chrétien = prêtre pédophile ou croisé sanguinaire.

Au terme de ces chapitres, les élèves de 5ème pourront écrire la superbe synthèse suivante :
"Les musulmans sont très gentils, les chrétiens sont très méchants"...

vendredi 3 mars 2017

FILLON ou l'éloge du chien enragé !

Je n'aimais pas trop Fillon, je lui en voulais de n'être qu'un chrétien tiède, incapable de dénoncer clairement l'avortement et de prendre position pour la défense de la femme et l'enfant.

Mais l'incroyable chemin de croix par lequel il passe ces dernières semaines force le respect.

Triste spectacle des rats - LES REPUBLICAINS - qui quittent le navire qui tangue.

Je souhaite maintenant de tout cœur la victoire du bannis, de l'excommunié, du maudit.

Et je rêve aussi de l'impitoyable proscription qui éliminera alors tous les traîtres qui l'entouraient et qui le lâchent lâchement après avoir léché sa main.

Un proverbe indien cité par HUGO PRATT dans TICONDEROGA me vient à l'esprit :


Quand un chien poursuivi par des loups 

vient trouver refuge dans ta hutte, 

tu ne le chasses pas, 

même s'il est enragé.


Fillon, tiens bon !


lundi 27 février 2017

la plaine ou la montagne ?

Deux destinations peu ordinaires s'offrent à celui qui s'ennuie à Erbil, qui veut changer d'air, et qui ne veut pas passer plus de deux heures en voiture : la plaine de Ninive ou les montagnes du nord Irak.

Mossoul ou le mont KOREK ?

KOREK qui culmine à 2000 mètres ! l'air pur et sûr des montagnes...

De la neige, du soleil - beauté - et même - illusion de normalité - quelques cars avec des touristes de Bagdad...



Quitter la plaine,




traverser des canyons profonds,




dire bonjour aux chèvres qui s'accrochent aux parois,




voir l'horizon s'élargir




opter pour la facilité





se rendre à l'évidence : il n'y a pas que du sable en Irak...





et réciter quelques vers de Verlaine...





Le soleil luisait haut dans le ciel calme et lisse
Et dans ses cheveux blonds c'étaient des rayons d'or,
Si bien que nous suivions son pas plus calme encor
Que le déroulement des vagues, ô délice !




jeudi 9 février 2017

CHALIAND : LE SOUFFLE ET LE SANG

Il y avait hier, mercredi 8 février 2017, une soirée poésie à l'Institut français d'Erbil.

Gérard CHALIAND a lu quelques-uns de ses poèmes, extraits de Feu nomade qui vient de sortir dans la collection Poésie/Gallimard. Ce recueil regroupe des poèmes publiés entre 1959 et 2015.

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Le bonhomme - qui a connu intimement toutes les guerres du monde depuis 1960 -  est impressionnant. 83 ans. Il se tient droit. Il est fort. Il se déplace lentement comme un vieux lion. Sa voix ressemble aux poings d'un boxeur qui frappe peu mais de façon définitive.

Quant à sa poésie - nulle tiédeur. Par delà tout bien et tout mal, elle dit le désir brutal qui habite le coeur de l'homme : la violence, la mort, le carnage, le voyage et la beauté malgré tout.

Lyrisme mais lyrisme épique et tragique.

Chaliand a donc lu quelques poèmes en français. De ravissantes demoiselles ont lu d'autres poèmes en anglais, en kurde sorani et kurmandji. Quelques élèves de l'école française ont aussi mis en voix, et avec grande justesse, ces textes forts.

Quelques extraits...


J'ai marché droit au vent du risque
Tout se gagne en consentant à perdre.

*

Je n'ai pas misé ma vie à demi
j'ai tout jeté dans la balance
j'ai bu à toutes les fontaines du chemin
plus que mon dû et j'ai couvert plus de chemin.
J'irai jusqu'à tomber d'un seul coup
feu nomade, de la nuit à la nuit.


Je m'arrête
à la croix des chemins je lance mon chapeau
dans mon coeur gisent mes amis morts.

Morts ceux du Nil
de l'Euphrate et du Tigre
du Pérou du Mexique
et ceux que je n'ai pu connaître
ceux qui n'ont pas même laissé de cicatrice.

Morts
de cette mort que je porte
qui m'emplit la bouche
et me ferme les yeux.

*

J'ai connu les chevauchées jaillies du fond de l'Asie
l'or, le rapt, le sang, 
chaque mot claquait ferme au bout du fouet
En avions-nous rêvé de villes opulentes et de femmes
parées
du temps ou la steppe et nos chevaux étaient tout 
notre monde.

Le soir, parmi les feux, nos chants montaient le long
des remparts
et les villes étaient déjà nôtres.
Je revois notre horde au galop
dans un cri qui n'en finit pas
couvrir le monde jusqu'à l'océan
C'était notre façon de labourer la terre.

*

Nous appartenons à une espèce singulière,
la plus meurtrière de l'univers,
mais la plus créatrice,
s'émerveillant d'elle-même et se chérissant
au point de ne pas consentir à tout à fait se perdre 
et disparaître.

*

"J'ai écarté les cuisses de leurs femmes, 
je suis entré dans leur ventre,
j'ai imposé mon poids sur leur poitrine
tandis qu'elles gémissaient d'épouvante."
C'est ainsi depuis l'aube des temps.
Le vainqueur humilie le vaincu,
sa rage aiguisée d'une haine longtemps frustrée.

*

Ma vie s'en va
buisson d'épineux emporté par le vent
voyage sans retour, hier aux limites si lointaines
il en reste un dernier souffle, au creux de la gorge.
Presque tout est perdu, sinon le souvenir
des ombres que j'ai serrées dans mes bras.
Le fanal arrière de mes jours passe le fleuve de l'oubli
Je suis debout.

*

Il n'y a de cimetières des dieux
pas même dans les mémoires.
Où sont ceux qui furent vénérés, implorés, craints ?
Ne restent que des noms sans échos, 
des statues mutilées,
des bas-reliefs ternis comme leur gloire.
Le temps les a ôtés, vague après vague, sans bruit,
falaises mortes sapées par la mer.
Triade de Sumer, panthéon égyptien,
dieux de Babylone et de Ninive, 
chapelet d'ambre qu'on égrène sans même y penser. (...)

Pas de groupe humain qui n'ait eu ses protecteurs ou ses totems,
jusqu'à celui qu'on dit fils de dieu,
au message de consolation pour les vaincus et les humbles,
et au dernier grand prophète, 
truchement de dieu compatissant, imposé par les armes, 
les échanges et l'accueil prosélyte.

On meurt beaucoup ici, à cause de l'au-delà.

*

Parfois ceux qui règnent et dont le but est la 
puissance
sont touchés par une grâce,
tel Ashoka qui jadis, en Inde, se couvertit au bouddhisme
et ne voulut plus user de violence.

Certains connurent la mesure,
vertu rare chez les conquérants,
ainsi de Cyrus l'Achéménide,
souverain d'un empire sans égal.
Il permit aux Juifs, rapporte la Bible, de retourner en Judée,
afin d'y bâtir un temple pour ce dieu qui réside à 
Jérusalem.
Saladin était magnanime, il faisait quartier 
sans espérer de retour.
Respectant les traditions religieuses le Moghol Akbar
fut deux fois grand.

Mais presque tous exaltent le pouvoir et font
craindre leur courroux.
Darius, roi des rois, énumère les vingt-trois peuples 
qui se disent de lui
Et rappelle le sort réservé à un roi rebelle : 

Je lui coupais le nez, les oreilles, la langue et je lui
arrachais un oeil.
A la porte de mon palais il fut exposé, toute l'armée le vit,
ensuite je l'empalais, devant la forteresse à Ecbactane. (...)

Genghis Khan a dit :
La plus grande félicité de l'homme, c'est de vaincre
ses ennemis...
d'enfourcher leurs chevaux, leurs filles et leurs femmes.
Cette charte dans sa grande simplicité
est celle d'une longue tradition de conquérants.

Il y eut des sacs somptueux, après les sièges,
des quartiers libres de viols palpitants, des rapines
sauvages,
parfois des pyramides de têtes tranchées,
tandis que le despote savoure sa victoire,
qui en augure d'autres.

Il y eut aussi une multitude de petits tyrans
tant le plaisir de contraindre est vif,
d'autres régnèrent glorieusement,
tel celui dénommé, en son pays, le roi-soleil,
qui par édit voulait tous ses sujets conformes en 
religion.

un jour, sur une petite partie du monde
le despotisme fut banni.
Sans doute est-ce là un des grands tournants de 
l'histoire
comme une aube fragile, toujours menacée d'éclairs
de folie.

*

J'aime les oeuvres humaines marquant le passage,
ces mains bouleversantes agrippées sur la roche
appel d'on ne sait quel désir.
Le pinceau du peintre des paysages Song
saisit l'instant arrêté entre le vide et le plein, 
sous le brouillard des cimes.

Et franchissant toutes les frontières, la musique
et la danse.
La beauté survit au carnage.

*

Mon navire est chargé de mémoire
de milliers d'années de signes et de lieux
du souvenir d'Ulysse qui refusa l'immortalité
des ouvreurs de route, 
des déchiffreurs d'univers, 
de toutes les libertés arrachées.

Je salue les bardes, porteurs des mots de la tribu
le clair parler françois, ma patrie, 
les poètes du monde, voleurs d'étoiles, brasseurs de
nuages
sachant, en tapis volant, remonter le temps
et chanter l'amour et le souci.
Le dernier souffle de la saga leur appartient.

Au-delà de tous les désastres et de la mort
à chaque naissance, le monde recommence.

*

Quant à moi, pauvre GROG, j'ai eu la chance de lire le texte suivant... On n'échappe pas à la Russie.


Je n'ai pas cheminé, en caravane, sur une des routes de la soie, 
des monastères nestoriens pour relais, 
dont il ne reste rien.
Mais j'ai parcouru les oasis d'Asie centrale, 
après la chute de l'Union soviétique, 
les wahhabites prêchaient dans les medressas.
J'étais en URSS, elle paraissait indestructible.
Lili Brik, tant aimée de Maïakovski,
avait dans sa datcha, longtemps après,
une grâce de mouette en deuil de sa jeunesse.
L'hospitalité sans façon des Russes, on buvait au
regret, à l'allégresse
on dansait sur le fil de la vie fugitive en brisant les 
verres jusqu'à la déchirure.

Je n'ai pas chevauché ni descendu les fleuves sibériens
avec les Cosaques, 
l'Ob, l'Ienisseï, la Lena jusqu'aux mers de glace.
Yermak, leur ataman,
a relaté le début de cette course dans ses Mémoires.
Une chevauchée d'un siècle sur dix mille kilomètres, 
bien avant le Transsibérien.

Nous marchions dans le silence de la neige, près de
Vladimir,
vers une de ces églises à la grâce délicate
bâtie avant la conquête mongole.
L'un de nous est mort depuis.
Je me souviens de la fonte des glaces sur la Neva
et de la steppe mélancolique comme un cimetière
tatar.