samedi 29 novembre 2014

la frégate poétique de Vigny.







Qu'elle était belle, ma Frégate,


Lorsqu'elle voguait dans le vent !

Elle avait, au soleil levant

Toutes les couleurs de l'agate ;

Ses voiles luisaient le matin

Comme des ballons de satin ;

Sa quille mince, longue et plate,

Portait deux bandes d'écarlate

Sur vingt-quatre canons cachés ;

Ses mâts, en arrière penchés,

Paraissaient à demi couchés.

Dix fois plus vive qu'un pirate,

En cent jours du Havre à Surate

Elle nous emporta souvent.

- Qu'elle était belle, ma Frégate,

Lorsqu'elle voguait dans le vent !


Alfred de Vigny (1797 -1863)
in Poèmes antiques et modernes





BHL et les Frégates

A propos de la première frégate Mistral que la France refuse de livrer à la Russie, Bernard Henri-Lévy, notre grand philosophe national, a déclaré à Kiev le 14 novembre dernier...







"La solution que j'ai proposée serait de vendre le navire 

à l'Ukraine moyennant un prêt de longue durée et à 

intérêt privilégié que lui consentirait l'Union

Européenne."






Certaines personnes ne souhaitent pas que ces frégates soient livrées à la Russie - je peux le comprendre. 

Mais vouloir qu'elles soient livrées à l'Ukraine, là, c'est de la pure provocation, stupide et dangereuse. 

Jusqu'ici je croyais naïvement que la philosophie était "l'amour de la sagesse", mais avec BHL, nous avons le droit à une nouvelle définition, la philosophie comme art de mettre de l'huile sur le feu !

BHL, non pas philosophe mais pyromane !




Pour lire l'intégralité du discours de BHL et le commentaire éclairé et éclairant d'Olivier Berruyer, c'est par ici :

http://www.les-crises.fr/enoooorme-bhl-petit-telegraphiste-de-francois-hollande-et-des-officiels-ukrainiens/



dimanche 23 novembre 2014

Kino/théâtre : Viï ou l'exorciste russe !


Dans mon poste précédent je parlais du mausolée de Lénine et de la très belle sorcière du film Viï.




Ce film, réalisé en 1963 et inspiré d'une nouvelle de Gogol, raconte l'exorcisme pratiqué par Khoma sur une troublante sorcière.

C'est un archi-classique du cinéma soviétique, et tous les Russes le connaissent et l'adorent. Tous ont tremblé de peur et d'amour pour la sorcière magnifiquement interprétée par Natalia Varley.




Bon film sur KINO/THEATRE !



mercredi 19 novembre 2014

DISNEYGRAD vs LENINELAND

Cet été, avec ma fiancée, nous avons dû quitter notre oblast et monter en train à Moscou pour récupérer divers documents en vue de notre mariage. Nous avions du temps mais pas beaucoup d'argent. Que faire sans roubles ni kopecks à Moscou ? Les parcs ? bien-sûr ! Ils sont nombreux, ils sont beaux, ils sont verts, ils sont frais, et nous en avons bien profité. Mais j'avais aussi envie de voir le mausolée de Lénine, ouvert du lundi au vendredi de 10h à 13h et gratuit (le contraire serait un comble pour le père de la révolution communiste, non ? )
La perspective de la visite d'un tombeau n'emballait pas franchement ma dyevouchka mais en insistant un peu je réussis à la convaincre.

Que je le dise tout de suite, je ne suis ni communiste ni marxiste-léniniste. Pour moi, le communisme (comme l'islamisme) n'est qu'une hérésie chrétienne : une branche pourrie de l'arbre de Vie, une branche morte et mortifère. A ce titre, la momie de Lénine me semble en dire plus sur l'essence du communisme que toute l'oeuvre de Marx.

Craignant une foule énorme, nous arrivâmes en avance.

La place Rouge, à 8 heures 30 du matin, était vide.
Ciel bleu curaçao enivrant.
Nuages blancs et gonflés à la barbe à papa.
Murs du Kremlin rouges-sorbet à la framboise.
Basilique Saint Basile avec ses bulbes multicolores comme un énorme plateau de macarons et de choux à la crème.



La seule chose peu appétissante, c'était le mausolée, lui, tout carré, tout marbré, tout plat, tout sombre, tel un quatre-quart oublié au four, brûlé, ratatiné.



La queue commençait une centaine de mètres plus loin.
Quelques touristes japonais étaient déjà-là, casquette sur la tête, appareil photo à la main, mais à part eux, il n'y avait pas grand monde. Ambiance militaire. On passe un portique de sécurité et les gardes ne rigolent pas. On longe l'enceinte du Kremlin le long de laquelle sont enterrés les héros de l'URSS.  Je dois dire qu'à part Gorki, Brejnev, Youri Gagarine et Inès Armand, la maîtresse française de Lénine, je n'en connais aucun.
Ah si, lui je le connais.
Mais je ne pensais pas le trouver-là.
C'est une drôle de surprise...
Je croyais que Kroutchev avait "destalinisé" son cadavre, l'avait "benladenisé"dans une vallée du Caucase ou en mer de Barents, mais non, il est bel et bien là au centre de Moscou, au coeur donc de la Russie, le Petit Père des Peuples, l'ogre Staline.

Devant nous, il y a une Japonaise avec un sac Walt Disney. Difficile de ne pas la remarquer avec sa casquette rose, son énorme zoom et sa démarche de canard. On dirait Donald Duck !
A l'entrée du mausolée, un des garde la siffle, elle sursaute, il lui fait comprendre qu'elle doit retirer sa casquette et ranger son appareil.
Tout en entrant dans l'édifice, elle range sa casquette, et ouvre son sac Minnie pour y glisser son appareil, mais - la pénombre aidant -  elle ne fait pas attention et rate une marche. Elle tombe en avant et s'étale au pied de deux statues de cire, des gardes de la Révolution dont seul le visage blanc et blafard est éclairé. Mais alors qu'elle se relève péniblement, les statues de cire - horreur ! - s'animent et la saisissent. Elle pousse un cri, et nous même sursautons avant de réaliser que ces statues de cire sont en fait les sentinelles bien vivantes du tombeau de Lénine.


Nous pensions venir visiter un monument historique, nous nous découvrons en pleine fête foraine, dans la meilleure attraction, le train fantôme ! Nous réprimons une terrible envie de rire et descendons plus avant un pieu et une gousse d'ail à la main dans le tombeau de Dracula Lénine.

Nous passons devant plusieurs sentinelles sans frémir.

Il fait froid, il fait noir et tout à coup - semblable à la sorcière du film Viï dont le cercueil lévite au milieu de la chapelle




 flottant au milieu de l'obscurité sur un tapis magique : la momie de Vladimir Ilitch Oulianov. 




Allongé dans une cage de verre, avec une barbe de trois jours et un complet trois pièces, il dort.
Nature, berce-le chaudement, il a froid !

Les embaumeurs ont fait du beau travail. Difficile d'imaginer que les lèvres et les paupières sont cousues et que les yeux, arrachés, ont été remplacés par des prothèses qui ne risquent pas de s'enfoncer dans les orbites. Depuis presque un siècle,  les taches de moisissures et de charogne sont effacées grâce à des bains de quinine, de phénol et d'acide acétique. Quant à la couleur de la peau, blanchâtre mais non cadavérique, c'est au peroxyde d'hydrogène qu'on doit ce rendu. Pour le cerveau, il est coupé en fines lamelles et baigne dans un bain de formol dans quelque université moscovite.

Quel dommage qu'on ne puisse - avant d'accéder au sarcophage - traverser le laboratoire des doublures. Cela permettrait d'accentuer l'atmosphère macabre de la visite. En effet, ce labo de l'horreur (qui hélas se trouve ailleurs dans Moscou ) contient plus de 40 cadavres, 40 clones, 40 cobayes sur lesquels sont testés les processus d'embaumement. 





Le cerise sur le gâteau pour le "Lénine-train-de l'horreur" serait de diffuser en boucle des extraits audio de son discours de Penza de 1918.

"Pendez 100 koulaks, et pendez-les de telle sorte que les gens les voient !
Publiez leurs noms !
Emparez-vous de leur grain !
Faites cela de façon qu'à des centaines de lieues à la ronde les gens voient, tremblent, sachent et se disent : ils tuent et continueront à tuer les koulaks.
Soyez sans pitié, c'est à ce prix que la Révolution triomphera !
Pendez 100 koulaks, et pendez-les de telle sorte que les gens les voient !"

La visite est déjà finie. Nous remontons à la surface et retrouvons avec bonheur la lumière et la chaleur.

Le Mausolée de Lénine, on en a pour son argent !






lundi 10 novembre 2014

LA TABLETTE MAGIQUE de François Hollande !

Précepteur en Russie, j’ai pris le large de l’Education nationale il y a plus de trois ans : je n’avais pas envie de vivre dans les entrailles d’un Mammouth qui se putréfie chaque jour davantage.




J’ai peut-être eu tort de m’inquiéter et de partir car le magicien François Hollande – après avoir inversé la courbe du chômage - a prévu de faire disparaître tous les problèmes qui gangrènent les collèges.

Comment fera-t-il ? Mais bien sûr,  à coups de tablettes magiques ! C'est là sa dernière promesse annoncée lors de son récent passage à la télé. Des tablettes pour tous les collégiens, et en avant vers la Révolution numérique !



Ah, j’aimerais bien aussi avoir une tablette magique pour effacer ces joyeux souvenirs...


Je me souviens du désarroi de Jean-Marc à Carrières-sous-Poissy, dans les Yvelines, lorsqu’il découvrit un soir, après un conseil de classe, les pneus de sa voiture, crevés, sa carrosserie, éraflée. Il avait eu la mauvaise idée de respecter le programme officiel et de faire étudier, en tant que « texte fondateur », un passage de la Bible. Les grands frères de ses petits 6èmes n’avaient manifestement pas apprécié cette initiative.

Toujours à Carrières-sous-Poissy, ces collégiens – jamais attrapés, jamais punis - qui profitèrent de la pause déjeuner pour déféquer en groupe devant la porte de la salle de français de ma collègue Gaëlle qu’ils n’appréciaient pas.

Ou encore, à Maisons-Laffitte, banlieue chic des Yvelines.
Ce collègue, Gurvan, que je remplaçai et dont j’appris progressivement le calvaire vécu :
Tout d’abord bombardé de boulettes de gommes.
Plus tard, dans un brouhaha continu, la chemise et les habits maculés d’encre.
Pour finir ses cheveux bouclés, souillés par des chewing-gums inextricables.

Je me souviens aussi de mon collègue de biologie Bruno à Godissard en Martinique.
Depuis le couloir, les élèves avaient frappé à la porte close de sa classe, toc toc toc.
« Entrez, avait-il répondu. »
Silence des élèves.
Puis toc toc toc de nouveau.
Ils entendent les pas du professeur qui s’approche,
et quand ils ont la certitude qu’il est là, juste derrière, à leur merci, 
ils ouvrent la porte violemment, et réussissent ainsi à
lui cogner la tête
lui casser le nez
et l’assommer
sous les yeux et le rire de sa classe.

Ou encore Florence cette discrète collègue stagiaire qui du jour au lendemain n’était plus venue à l’IUFM. Disparition bien explicable.
Elle faisait cours.
La porte s’ouvre.
Trois élèves encagoulés se précipitent dans la salle.
Chacun porte un gobelet Mac-Donald dans la main.
Ils l’aspergent d’urine.
Et disparaissent.
Des élèves ?
Des crétins ?
Des barbares.
Brighelli a raison.

Et ces souvenirs ont trois ans, déjà.

Trois ans, c’est l’époque où les petits caïds des banlieues faisaient encore l’apologie du dealer (mon frère, il gagne en un jour, ce que vous gagnez en un mois), et qu'on pouvait encore essayer de les raisonner en leur montrant que cet exemple risquait de les conduire en prison.

Mais que répondre aux collégiens et lycéens qui aujourd’hui font l’apologie du jihad ?

Que répondre à ceux qui disent qu’il faut égorger les chrétiens et les juifs, et qu’il n’y a rien de plus doux que de mourir en martyr sur un tas de cadavres d’infidèles ?

Pas besoin de répondre.

Il suffit de leur donner une tablette !





dimanche 9 novembre 2014

SAINTE RUSSIE : le patriarche de Moscou demande la grâce d'Asia Bibi

Il y a quelques jours, je vous parlais de l'affreuse condamnation à la pendaison d'Asia Bibi, une mère de famille pakistanaise catholique, et je vous invitais à aller manifester à Paris pour sa libération.



J'ai découvert par la suite avec tristesse les propos, relatifs à cette manifestation, du cardinal  Mgr Vingt-Trois,  sur Radio Notre-Dame.  
Propos qui reflètent une profonde dhimmitude. Jugez plutôt :
« Dans des cas particuliers, la manifestation publique a l’effet inverse de celle qu’on cherche. On est dans une fixation politico-fanatique et religieuse et que le soutien des chrétiens étrangers d’une certaine façon est perçue comme une caution de la sentence qui a été rendue par le tribunal. Je crois que les démarches les plus efficaces sont les démarches diplomatiques et gouvernementales quand des États qui ne sont pas nécessairement occidentaux expriment leur désaccord et leur volonté à travers les voies habituelles ».
Je suis triste aussi du silence de notre Pape François.

Heureusement pour les chrétiens, sa Sainteté le Patriarche Cyril de Moscou s'est exprimé. Il a écrit une lettre au Président de la République du Pakistan Mamnoon Hussain pour lui demander de gracier Asia Bibi.





Voici la lettre.

Son Excellence Mamnoon Hussain,
Président de la République islamique du Pakistan
Excellence, Monsieur le Président,
C’est avec une profonde affliction que j’ai appris que, le 16 octobre 2014, la Cour suprême de Lahore avait ratifié la condamnation à mort prononcée auparavant par une instance inférieure contre Asia Bibi, mère chrétienne de cinq enfants, détenue en prison depuis déjà longtemps.
L’exécution d’Asia Bibi sera non seulement une perte irréparable pour sa famille, ses parents, ses proches, mais portera également hautement préjudice au dialogue entre chrétiens et musulmans, pouvant entraîner une hausse des tensions entre chrétiens et musulmans aussi bien au Pakistan que dans le monde entier. Je suis convaincu que les autorités politiques de tout état moderne sont appelés à prendre conscience de leur responsabilité dans les destinées des représentants des minorités religieuses qui leur sont confiées.
L’Église orthodoxe russe exprime sa sérieuse préoccupation devant l’application de cette décision de justice. Nos millions de fidèles joignent leurs voix à la foule immense de ceux qui, dans le monde entier, se battent pour que soit conservée la vie de cette chrétienne.
Au nom de tous les croyants de l’Église orthodoxe russe, je vous invite, Monsieur le Président, à gracier Asia Bibi.
Veuillez agréer, Excellence, Monsieur le Président, l’expression de mon respect avec celle de mon espérance en votre clémence.
+ CYRIL
Patriarche de Moscou et de toutes les Russies