jeudi 31 mars 2016

le remède russe

En attrapant ma valise à l'aéroport d'Istanbul, j'avais réussi à me faire mal au dos.

Douleur ravivée de façon brutale deux jours plus tard en Russie en jouant avec ma fille (que je portais à bout de bras dans un sac cabas).

J'étais complètement bloqué.

Immobilisé sur le lit, ma chérie m'a alors apporté la chose suivante :




Une bande de caoutchouc d'environ 40 cm de long et 10 cm de large parsemée de pointes métalliques.

"Allonge-toi la dessus et ça ira mieux, m'a dit ma douce.
- Mais je ne suis pas un fakir, ai-je répondu.
- Français douillet, fais-moi confiance."

L'amour rendant aveugle, je me suis allongé dos nu sur ce qui m'apparaissait comme une planche cloutée, planche que les Russes nomment "applicateur", Аппликатор, et qui est constituée de centaines de pics en fer, cuivre, argent, zinc et même un peu en or !

Аппликатор Ляпко


 Les premiers instants furent franchement douloureux puis progressivement la douleur des piqûres s'est estompée et j'ai commencé à sentir une grande chaleur dans mon dos, comme si tous mes muscles se relâchaient. 30 minutes plus tard, mon dos était (tout rouge) débloqué !

Produit miracle ?

J'ai mené une petite enquête dans les pharmacies russes et découvert que l'applicator permet de traiter le mal de dos, le mal de tête, le mal de jambes, etc. Une sorte de remède universel...


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Il existe de nombreux modèles


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En France - pays de poètes - l'applicator est disponible sous le joli nom de "Champ de fleurs"



lundi 28 mars 2016

Antochka, l'éloge de la paresse !

Après MACHA et MICHKA, un autre classique russe mais de la grande époque soviétique : ANTOCHKA.

ANTOCHKA, l'enfant sauvage qui refuse de travailler, l'individualiste qui ne se réjouit pas de récolter les pommes de terre du Kolkhoze - et qui récolte donc ce qu'il a semé... 

2 minutes de bonheur et une musique que vous allez chantonner toute la journée !



La petite pionnière fait penser à Macha, non ?

Macha et Mishka, plus d'un milliard de vues sur You Tube !

1 246 557 443 pour être précis, à l'instant où j'écris.

L'épisode  Маша плюс каша (Macha plius kacha) est la vidéo en langue russe la plus visionnée au monde. C'est d'ailleurs la seule vidéo visionnée plus d'un milliard de fois et qui ne soit pas un clip musical.

Ne boudez pas le plaisir de regarder (ou re-regarder) cet épisode.



J'avais déjà brièvement parlé de ce personnage espiègle dans un article précédent. En fait Macha est issue d'un conte populaire russe dont voici un très bref résumé : Macha qui vit avec ses grands-parents se perd dans les bois alors qu'elle cherche des champignons. Elle arrive dans une petite maison, la maison de l'ours Michka. Celui-ci la recueille et l'aime tellement qu'il ne veut plus la laisser partir. Elle utilise alors une ruse pour s'échapper. Elle lui dit d'apporter chez ses grands-parents un panier de pirojki. Michka obéit sans savoir que Macha est cachée dedans !

J'ai trouvé dans Le Courrier de Russie une interview intéressante de Denis Tcherviatsov le créateur de la série dont je reproduis ici quelques extraits.

D'où vous est venue l'idée de créer Macha et l'Ours ?
De la vie même... EN 1996, mon ami Oleg Kouzovkov, aujourd'hui directeur artistique de la série, était en vacances sur une plage au bord de la mer Noire avec des amis à lui et leur fille de quatre ans. La petite se comportait avec tout le monde avec un grand naturel et beaucoup de spontanéité : elle allait voir les inconnus, leur parlait, les imitait... Au début, c'était drôle. Mais au bout de quelques jours, sur la plage, les gens ne cherchaient plus qu'à éviter la fillette ! Oleg a écrit une histoire là-dessus et, plus tard, m'a proposé de réaliser le dessin animé que vous connaissez aujourd'hui.

Certains parents interdisent à leurs enfants de regarder vos dessins-animés, craignant que leur progéniture ne devienne désobéissante...
Ah ces critiques...! Les Russes adorent critiquer mais si vous regardez attentivement nos films, vous vous rendrez compte que Macha agit dans un cadre donné et dans certaines limites bien précises. Macha ne fait pas ses bêtises exprès : c'est une enfant normale, qui découvre, qui explore tout ce qui l'entoure. Nous devons tous avoir droit à l'erreur : c'est la meilleure - la seule ? - façon d'apprendre ?

Et où sont les parents de Macha ? Pourquoi n'apparaissent-ils jamais à l'écran ?
Nous avons pensé les introduire dans certains épisodes, mais nous nous sommes dits que ce serait encore pire: les parents de Macha seraient encore plus rebelles qu'elle, et les critiques nous mangeraient tout crus ! Nous avons donc inventé cette légende selon laquelle Macha est en vacances chez ses grands-parents qui vivent à la campagne et travaillent à la gare.

Qui est l'ours ?
C'est une image collective du parent : je suis certain que tous les parents comprennent la réaction de l'ours aux bêtises de Macha. En même temps, c'est un ours de cirque à la retraite. Il a travaillé longtemps à faire des spectacles, puis il en a eu marre des enfants, il voulait enfin se reposer dans la forêt... mais Macha ne le laisse pas tranquille.

C'est quoi le plus difficile ?
La partie créative. C'est difficile d'imaginer un bon scénario, un sujet à même d'intéresser tout le monde. Il est facile de faire des trucs chocs, horribles, mais imaginer des histoires drôles, gentilles, c'est une autre paire des manches.

propos recueillis par Rusina Shikhatova
Le Courrier de Russie du 11 au 25 mars 2016, n°299


lundi 21 mars 2016

Russie : contrebande ordinaire

Avant-hier matin, mon voisin Sacha - un ours de 2 mètres de haut, 120 kilos au jugé, et 60 ans passés  - est venu frapper à ma porte ; il devait s'absenter une heure ou deux et m'a demandé de lui rendre un petit service : réceptionner une commande particulière sans trop me faire voir des voisins.

J'ai dit oui, et il m'a donné 3500 roubles à remettre à un certain Nicolaï.

40 minutes plus tard, le Nicolaï en question a sonné à l'interphone. Je lui ouvre la porte de l'immeuble, je l'attends sur le pallier et le fait rentrer chez moi. Il était un peu chargé. Je lui remets l'argent et il dépose sur mon parquet (ou plutôt mon lino), ceci :



Ce qu'il y avait dans le carton ?


Et à côté du carton...


De la "petite eau", par bidons de 5 litres - en direct de l'usine de Togliatti.


35 litres de vodka pour 3500 roubles, soit 100 roubles le litre (1 euro 20) ! 500 roubles le bidon. Ce qui est environ trois à quatre fois moins cher que la vodka de base disponible dans les magasins.

Plus tard dans la matinée, Sacha est venue récupérer sa "cargaison" et - pour me remercier - il m'a invité à une petite dégustation le soir même.

Le soir, étaient présentes trois de ses amies - Irina, Anna, Valia. Après dégustations de zakouski, chansons et nombreux toasts, chacune est repartie légèrement éméchée sans oublier son bidon. Petite précision : les amies étaient des babouchkas de 70 ans !

La vodka était excellente, douce, translucide, légèrement poivrée et ronde en bouche.

Pour l'occasion, j'avais apporté un délicieux "caviar rouge" (à 1500 roubles les 500 grammes - la moitié du prix officiel pour un produit ce cette qualité) obtenu  de façon illégale grâce à l'amie d'amie de ma belle-mère, amie qui travaille dans une fabrique de Kamchatka.



Il y a un proverbe russe qui dit "Mieux vaut avoir cent amis que cent roubles".

Et c'est grâce à de tels amis qu'on a toujours- pour une bouchée de pain - de la vodka et du caviar !



mercredi 16 mars 2016

Une longue escale à Istanbul - vol aller

J'ai mis au propre ces quelques notes prises à l'aéroport Atatürk d'Istanbul.



Comme une mer étale
sous un ciel trop gris
comme une eau stagnante
dans une mare

une flaque d’eau

Mes entrailles
mes liquides
mon cœur
mon âme
mes humeurs gélifiées

Que le vent
le courant
le cri de l’animal
ou la botte de l’enfant
Viennent les troubler
les agiter
les réveiller
Et pourquoi pas
ainsi
aussi
peut-être
enfin
me
ressusciter

*

10 heures d’escale à Istanbul – pause entre Erbil et Moscou - avec une arrivée à 5 heures du matin et un départ à 15h.
Léger mal de tête, mal de ventre, mal de dos.
Je pourrais laisser ma valise à la consigne et faire un saut en ville : mais je suis trop paresseux pour cela, je préfère m’ennuyer en compagnie de mes amies petite nausée et douce mélancolie. Et essayer aussi de dormir une ou deux heures sur un banc.
Pas d’internet, pas de cartes, et d’ailleurs personne pour jouer aux cartes avec moi.
Ce n’est pas grave : un cahier, un stylo et voilà, je vais  jouer au poète.

*

Seigneur, chasse de mon cœur la tristesse. Seigneur, mets-y la joie.

*
Ne rien avoir à dire
Et le dire
Tout ça pour continuer à dire
Comme marcher pour marcher
Pour la santé
Avec la chance, si Dieu veut, de découvrir un sourire ou un paysage.

*

L’adolescent en moi est toujours vivant ; le jeune homme con toujours présent.
Devant tous ces voyageurs en transit, il ricane, le jeune con, il dit : « Mais où croient-ils donc tous aller ? Quelque part ? Mais ils ne savent donc pas, les idiots, que leur agitation est inutile et qu’ils vont tous au même endroit : à la mort. »
Il ricane, le jeune coq, au lieu de se taire et de considérer ce qui est : un tel va travailler, tel autre va en vacances, tel autre va retrouver l’être aimé.
Il faudrait laisser parler l’enfant : « Tous ces gens qui bientôt voleront comme des oiseaux dans les nuages. »



*

Et tout ce que je dis sur le jeune homme et l’enfant n’est que du réchauffé, du Nietzsche et du Gomes Davila à ma sauce.
Les écriteurs comme moi ne sont que des perroquets avec parfois peut-être, par chance, quelques belles plumes.

*

J’ai eu l’occasion de passer quelques journées à Istanbul ces derniers mois. Moi qui croyais avant que les Turcs avaient des « têtes de turcs », qu’ils étaient – pour reprendre une expression qu’affectionne ma grand-mère – « très typés »… mais c’est complètement faux ! Physiquement les Turcs ressemblent aux Français. Il y a des blonds, des roux, des châtains, des bruns. Il y a des gars qu’on a envie d’appeler Marcel ou Jean-Pierre. Des siècles de razzia en Europe ont permis ce grand métissage.
Franchement, je ne vois pas beaucoup de différences entre la France et la Turquie. A la rigueur, il y a peut-être un peu plus de femmes voilées et de mosquées en Turquie qu’en France – pour l’instant du moins !

*

La Turquie doit-elle intégrer l’Europe ?
Avez-vous remarqué que cette question peut se comprendre en deux sens radicalement opposés ?

*

Ces machines à plastifier les bagages qui prolifèrent dans les aéroports du monde entier – et qui ne servent à rien sinon à polluer les océans.

*

Si j’étais ce riche Qatari avec quatre femmes et six grosses valises Lancel et Louis Vuitton - sans doute pleines d’électroniques et d’habits de marque - je serais sans doute plus nuancé.

*

Après plusieurs années passées à enseigner avec le support du CNED (Centre National d’Education à Distance), je crois pouvoir dire que je possède une bonne connaissance des programmes officiels. Or  ce qui me choque, c’est le rabâchage dans toutes les matières, du CP à la Terminale, du dogme écologique : protéger la Nature, sauver la Nature, sauver la planète, sauver les océans, sauver les espèces. Et l’Homme dans tout ça ?
L’écologie est devenue une fin en soi, et non plus un moyen.
C’est pour cette raison que l’écologie n’est pas un humanisme.

*

Une terre propre comme un bel aéroport aseptisé.

*

La catastrophe humanitaire justifie l’intervention militaire (et cette dernière fera dix fois plus de victimes que cette première – la Lybie de BHL et Sarkozy par exemple)
La catastrophe écologique justifie l’intervention politique (qui fera cent fois plus de victimes – les campagnes pour l’avortement d’Amnesty International)

*

En Russie et au Kurdistan, l’écologisme n’a pas encore frappé : c’est pour ça que les bords de la Volga et les collines d’Erbil sont jonchées de bouteilles et de sacs en plastique.
Saleté ? Non, liberté !

*

La vérité comme dévoilement
La femme voilée comme questionnement
Erotico-Méta
Physique
Le violeur de femmes voilées,  philosophe raté dévoyé ?

*

Le fragment précédent est complétement foireux. L’écriteur, tel un bricoleur du dimanche, est à la recherche du bon outil pour planter un clou dans le mur : sera-ce une planche ? une pierre ? un marteau.
Pour l’écriteur : un oxymore ? une homonymie ? un zeugme ?
Mais aucun bon outil n’assure la bonne réalisation de sa tâche.
Mauvais fragment, clou mal planté

*

Ce fragment raté, je pressens cependant qu’il existe sous une forme parfaite quelque part – forme que je n’ai pas trouvée, car sans doute je n’ai pas assez cherché.

*

Zeugme, le mot fait rêver, non ?
Exemple : Il a pris sa valise et son courage à deux mains.
Mais je préfère entendre cette jeune fille qui me dit : Prends-moi ici…
En photo, bien-sûr !

*

Est-ce parce que le jour se lève ? Parce que le mal de tête (sous l’effet de 1000mg de paracétamol générique) s’estompe ?  En tout cas, ma déprime matinale, ma « mer étale » me quitte doucement. Ou peut-être est-ce l’écriture le remède ? (ou ma petite prière ?)
Ecrire me fait du bien.
En fait, ce n’est pas écrire, c’est agir qui fait du bien.
L’action qui nous détourne de notre néant. Et voilà, je vais citer Pascal et le « divertissement ».
Ou Voltaire et se fameuse formule : « L’homme est né pour l’action comme le feu tend en haut et la pierre en bas »
Je n’ai jamais cessé d’être un khâgneux à fiches qui cite ses classiques.
Il faudrait que « j’ose penser par moi-même » : mais même cette injonction n’est pas de moi mais de Kant !

*

Ce sentiment d’être comme un train, une brave micheline de campagne – j’ai la liberté d’aller où je veux mais malgré les aiguillages et l’immensité du réseau ferré, je suis condamné à rester sur les rails.
Comment dérailler ? Comment sauter loin des voies ? Et d'ailleurs le faut-il ?
Seigneur, éclaire-moi.



samedi 5 mars 2016

au Kurdistan 0,5 + 0,5 = 2

Dans un article précédent, j'expliquais qu'au Kurdistan tous les écoliers apprenaient que
 2 + 2 = 1 !

Opération fantasmatique pour traduire le rêve d'une nation kurde unifiée :

        Kurdistan irakien 
    + Kurdistan syrien 
     + Kurdistan iranien 
+ Kurdistan turc
-----------------------------
= KURDISTAN

Fantasme dont on est bien loin en réalité.

Il suffit de regarder la situation au Kurdistan irakien pour comprendre que le grand Kurdistan n'est, à l'heure actuelle, qu'un mirage.

D'un côté, ERBIL et sa région, dirigée par le clan BARZANI, grand-père (héros fondateur), père (président actuel) et fils (premier ministre actuel).
De l'autre SLEMANI et se région, dirigée par le clan TALABANI.

ERBIL, plutôt pro-américain, brouillé avec Bagdad, et en bons termes avec les Turcs à qui ils vendent du pétrole.
SLEMANI, plutôt pro-PKK (guérilla kurde en guerre avec la Turquie), en relativement bons termes avec Bagdad (Talabani a été président d'Irak pendant plusieurs années), ennemi des Turcs, plutôt pro-Russes.

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Talabani et Barzani, les frères ennemis.

ça vous paraît compliqué ? ça l'est effectivement ! Ce qu'il faut retenir c'est que le Kurdistan irakien lui-même est férocement divisé, et c'est pour ça que j'écris que 0,5 + 0,5 = 2.

Je rappelle que Barzani est le président du Kurdistan irakien mais que son mandat n'est plus valide depuis août 2015 et qu'il se maintient malgré tout au pouvoir sans aucune légalité.

La démocratie au Kurdistan, c'est un peu comme la femme peshmerga : tout le monde en parle mais personne ne l'a vue !

Au Kurdistan, rien ne va plus : 6 mois que les salaires ne sont plus payés. 

Je parlais hier avec un fonctionnaire qui me disait que sur les 8000 dollars qu'il aurait dû toucher ces derniers mois, il n'en avait reçu que 350 ! Comment nourrir sa famille ? Comment payer le médecin ? Comment payer l'essence ? Comment vivre ?!

La colère monte mais le prix du pétrole, lui, continue de chuter. Et pire, depuis 3 semaines la production elle-même est presque arrêtée - suite à la destruction du pipe-line Kurdistan-Turquie par le PKK.

La colère, le désespoir... et depuis quelques jours la rumeur. 

Rumeur : l'UPK (parti de Talabani) et le PKK ("terroristes" kurdes de Turquie) soutenus par l'IRAN vont attaquer Erbil et Barzani. Coup d'état ? Guerre civile ? Nul ne sait vraiment, mais ce qui est sûr c'est que le grand Kurdistan, lui, a complètement disparu des écrans radars.