lundi 27 février 2017

la plaine ou la montagne ?

Deux destinations peu ordinaires s'offrent à celui qui s'ennuie à Erbil, qui veut changer d'air, et qui ne veut pas passer plus de deux heures en voiture : la plaine de Ninive ou les montagnes du nord Irak.

Mossoul ou le mont KOREK ?

KOREK qui culmine à 2000 mètres ! l'air pur et sûr des montagnes...

De la neige, du soleil - beauté - et même - illusion de normalité - quelques cars avec des touristes de Bagdad...



Quitter la plaine,




traverser des canyons profonds,




dire bonjour aux chèvres qui s'accrochent aux parois,




voir l'horizon s'élargir




opter pour la facilité





se rendre à l'évidence : il n'y a pas que du sable en Irak...





et réciter quelques vers de Verlaine...





Le soleil luisait haut dans le ciel calme et lisse
Et dans ses cheveux blonds c'étaient des rayons d'or,
Si bien que nous suivions son pas plus calme encor
Que le déroulement des vagues, ô délice !




jeudi 9 février 2017

CHALIAND : LE SOUFFLE ET LE SANG

Il y avait hier, mercredi 8 février 2017, une soirée poésie à l'Institut français d'Erbil.

Gérard CHALIAND a lu quelques-uns de ses poèmes, extraits de Feu nomade qui vient de sortir dans la collection Poésie/Gallimard. Ce recueil regroupe des poèmes publiés entre 1959 et 2015.

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Le bonhomme - qui a connu intimement toutes les guerres du monde depuis 1960 -  est impressionnant. 83 ans. Il se tient droit. Il est fort. Il se déplace lentement comme un vieux lion. Sa voix ressemble aux poings d'un boxeur qui frappe peu mais de façon définitive.

Quant à sa poésie - nulle tiédeur. Par delà tout bien et tout mal, elle dit le désir brutal qui habite le coeur de l'homme : la violence, la mort, le carnage, le voyage et la beauté malgré tout.

Lyrisme mais lyrisme épique et tragique.

Chaliand a donc lu quelques poèmes en français. De ravissantes demoiselles ont lu d'autres poèmes en anglais, en kurde sorani et kurmandji. Quelques élèves de l'école française ont aussi mis en voix, et avec grande justesse, ces textes forts.

Quelques extraits...


J'ai marché droit au vent du risque
Tout se gagne en consentant à perdre.

*

Je n'ai pas misé ma vie à demi
j'ai tout jeté dans la balance
j'ai bu à toutes les fontaines du chemin
plus que mon dû et j'ai couvert plus de chemin.
J'irai jusqu'à tomber d'un seul coup
feu nomade, de la nuit à la nuit.


Je m'arrête
à la croix des chemins je lance mon chapeau
dans mon coeur gisent mes amis morts.

Morts ceux du Nil
de l'Euphrate et du Tigre
du Pérou du Mexique
et ceux que je n'ai pu connaître
ceux qui n'ont pas même laissé de cicatrice.

Morts
de cette mort que je porte
qui m'emplit la bouche
et me ferme les yeux.

*

J'ai connu les chevauchées jaillies du fond de l'Asie
l'or, le rapt, le sang, 
chaque mot claquait ferme au bout du fouet
En avions-nous rêvé de villes opulentes et de femmes
parées
du temps ou la steppe et nos chevaux étaient tout 
notre monde.

Le soir, parmi les feux, nos chants montaient le long
des remparts
et les villes étaient déjà nôtres.
Je revois notre horde au galop
dans un cri qui n'en finit pas
couvrir le monde jusqu'à l'océan
C'était notre façon de labourer la terre.

*

Nous appartenons à une espèce singulière,
la plus meurtrière de l'univers,
mais la plus créatrice,
s'émerveillant d'elle-même et se chérissant
au point de ne pas consentir à tout à fait se perdre 
et disparaître.

*

"J'ai écarté les cuisses de leurs femmes, 
je suis entré dans leur ventre,
j'ai imposé mon poids sur leur poitrine
tandis qu'elles gémissaient d'épouvante."
C'est ainsi depuis l'aube des temps.
Le vainqueur humilie le vaincu,
sa rage aiguisée d'une haine longtemps frustrée.

*

Ma vie s'en va
buisson d'épineux emporté par le vent
voyage sans retour, hier aux limites si lointaines
il en reste un dernier souffle, au creux de la gorge.
Presque tout est perdu, sinon le souvenir
des ombres que j'ai serrées dans mes bras.
Le fanal arrière de mes jours passe le fleuve de l'oubli
Je suis debout.

*

Il n'y a de cimetières des dieux
pas même dans les mémoires.
Où sont ceux qui furent vénérés, implorés, craints ?
Ne restent que des noms sans échos, 
des statues mutilées,
des bas-reliefs ternis comme leur gloire.
Le temps les a ôtés, vague après vague, sans bruit,
falaises mortes sapées par la mer.
Triade de Sumer, panthéon égyptien,
dieux de Babylone et de Ninive, 
chapelet d'ambre qu'on égrène sans même y penser. (...)

Pas de groupe humain qui n'ait eu ses protecteurs ou ses totems,
jusqu'à celui qu'on dit fils de dieu,
au message de consolation pour les vaincus et les humbles,
et au dernier grand prophète, 
truchement de dieu compatissant, imposé par les armes, 
les échanges et l'accueil prosélyte.

On meurt beaucoup ici, à cause de l'au-delà.

*

Parfois ceux qui règnent et dont le but est la 
puissance
sont touchés par une grâce,
tel Ashoka qui jadis, en Inde, se couvertit au bouddhisme
et ne voulut plus user de violence.

Certains connurent la mesure,
vertu rare chez les conquérants,
ainsi de Cyrus l'Achéménide,
souverain d'un empire sans égal.
Il permit aux Juifs, rapporte la Bible, de retourner en Judée,
afin d'y bâtir un temple pour ce dieu qui réside à 
Jérusalem.
Saladin était magnanime, il faisait quartier 
sans espérer de retour.
Respectant les traditions religieuses le Moghol Akbar
fut deux fois grand.

Mais presque tous exaltent le pouvoir et font
craindre leur courroux.
Darius, roi des rois, énumère les vingt-trois peuples 
qui se disent de lui
Et rappelle le sort réservé à un roi rebelle : 

Je lui coupais le nez, les oreilles, la langue et je lui
arrachais un oeil.
A la porte de mon palais il fut exposé, toute l'armée le vit,
ensuite je l'empalais, devant la forteresse à Ecbactane. (...)

Genghis Khan a dit :
La plus grande félicité de l'homme, c'est de vaincre
ses ennemis...
d'enfourcher leurs chevaux, leurs filles et leurs femmes.
Cette charte dans sa grande simplicité
est celle d'une longue tradition de conquérants.

Il y eut des sacs somptueux, après les sièges,
des quartiers libres de viols palpitants, des rapines
sauvages,
parfois des pyramides de têtes tranchées,
tandis que le despote savoure sa victoire,
qui en augure d'autres.

Il y eut aussi une multitude de petits tyrans
tant le plaisir de contraindre est vif,
d'autres régnèrent glorieusement,
tel celui dénommé, en son pays, le roi-soleil,
qui par édit voulait tous ses sujets conformes en 
religion.

un jour, sur une petite partie du monde
le despotisme fut banni.
Sans doute est-ce là un des grands tournants de 
l'histoire
comme une aube fragile, toujours menacée d'éclairs
de folie.

*

J'aime les oeuvres humaines marquant le passage,
ces mains bouleversantes agrippées sur la roche
appel d'on ne sait quel désir.
Le pinceau du peintre des paysages Song
saisit l'instant arrêté entre le vide et le plein, 
sous le brouillard des cimes.

Et franchissant toutes les frontières, la musique
et la danse.
La beauté survit au carnage.

*

Mon navire est chargé de mémoire
de milliers d'années de signes et de lieux
du souvenir d'Ulysse qui refusa l'immortalité
des ouvreurs de route, 
des déchiffreurs d'univers, 
de toutes les libertés arrachées.

Je salue les bardes, porteurs des mots de la tribu
le clair parler françois, ma patrie, 
les poètes du monde, voleurs d'étoiles, brasseurs de
nuages
sachant, en tapis volant, remonter le temps
et chanter l'amour et le souci.
Le dernier souffle de la saga leur appartient.

Au-delà de tous les désastres et de la mort
à chaque naissance, le monde recommence.

*

Quant à moi, pauvre GROG, j'ai eu la chance de lire le texte suivant... On n'échappe pas à la Russie.


Je n'ai pas cheminé, en caravane, sur une des routes de la soie, 
des monastères nestoriens pour relais, 
dont il ne reste rien.
Mais j'ai parcouru les oasis d'Asie centrale, 
après la chute de l'Union soviétique, 
les wahhabites prêchaient dans les medressas.
J'étais en URSS, elle paraissait indestructible.
Lili Brik, tant aimée de Maïakovski,
avait dans sa datcha, longtemps après,
une grâce de mouette en deuil de sa jeunesse.
L'hospitalité sans façon des Russes, on buvait au
regret, à l'allégresse
on dansait sur le fil de la vie fugitive en brisant les 
verres jusqu'à la déchirure.

Je n'ai pas chevauché ni descendu les fleuves sibériens
avec les Cosaques, 
l'Ob, l'Ienisseï, la Lena jusqu'aux mers de glace.
Yermak, leur ataman,
a relaté le début de cette course dans ses Mémoires.
Une chevauchée d'un siècle sur dix mille kilomètres, 
bien avant le Transsibérien.

Nous marchions dans le silence de la neige, près de
Vladimir,
vers une de ces églises à la grâce délicate
bâtie avant la conquête mongole.
L'un de nous est mort depuis.
Je me souviens de la fonte des glaces sur la Neva
et de la steppe mélancolique comme un cimetière
tatar.


lundi 6 février 2017

MOSSOUL : voitures à vendre

Dans les environs de Mossoul, l'Etat islamique n'a pas eu le temps d'utiliser toutes ses voitures- blindées-piégées-suicidées.

Pour les collectionneurs, c'est le moment d'acquérir quelques modèles rares...
















Elles ont l'air encore plus robustes que des LADA !

Et merci à VIKTOR pour les photos.


vendredi 3 février 2017

Mossoul : les forces aériennes de DAESCH

Mon copain Viktor - ancien pilote militaire du temps de l'URSS - travaille dans le service de sécurité de l'ONU pour le Nord-Irak.

Il était ces jours-ci dans des villages proches de MOSSOUL.

Il a découvert quelques restes de la flotte aérienne de DAESCH, qui ne compte donc pas que des drônes quadricoptères piégés ou des drônes bi-plans lance-grenades.









Depuis le début de l'offensive, il y aurait eu plus de 6000 soldats irakiens tués (sans compter les victimes appartenant aux forces peshmergas, aux milices chiites, aux milices yesidis et chrétiennes).

Plus de 6000 noms, plus de 6000 "moi" - et pendant ce temps-là, à quelques dizaines de kilomètres, je bois tranquillement ma bière et je mange mes cacahuètes salées et grillées à point.

Mon Dieu.