jeudi 6 avril 2017

Russie : la cloche fêlée de Moscou

De passage à Moscou, la semaine dernière, je suis allé faire un tour au Kremlin.

Bien-sûr, j'ai pris le métro, vers 8h30 du matin, quand il est absolument bondé.

Je me suis alors dit que tous ces corps comprimés augmenteraient mes chances de survie en cas d'explosion, mais qu'ils les réduiraient en cas d'attaque chimique - comment fuir lorsqu'un mur humain barre le passage vers la sortie à l'air libre ?

Joyeuses pensées d'un siècle joyeux... Tout cela ne m'a pas empêché d'admirer la beauté du métro et l'élégance légèrement provocante des Moscovites.

Depuis, hélas, la bombe à Saint Pétersbourg et le gaz en Syrie...

Mais ce jour-là, j'ai profité de l'innocence de l'instant :  les remparts du Kremlin, la relève de la garde, les canons pris aux Français, les quatre cathédrales, un vent glacial, un ciel parfois bleu, un air parfois ensoleillé. Et une cloche, une très grosse cloche, fêlée.






La cloche fêlée,

Il est amer et doux, pendant les nuits d'hiver,
D'écouter, près du feu qui palpite et qui fume,
Les souvenirs lointains lentement s'élever
Au bruit des carillons qui chantent dans la brume,

Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux
Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,
Jette fidèlement son cri religieux,
Ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente !

Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis
Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits,
Il arrive souvent que sa voix affaiblie

Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie
Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts,
Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts.

                                                                                                            BAUDELAIRE

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